prédiction d'une scène où le poète rencontre son maître dans la cour d'un village. 1.le ciel en crépitement le soleil se lève pas tant que ça ne soit pas encore l'aube, comme un feu d'artifice qui ne s'éteint qu'au tournant du compte. dans le village de Zhao, l'air est lourd de fumée de liège et de poussière de terre battue. les voiles des maisons sont grimentes, cuites par les vent du sud, comme des tarsiers qui ont mangé du petit grain de riz. on marche pas pieds nus sur le sol mouvant, les ongles qui craquent comme des grumes de noix. c'est un matin où le temps semble s'arrêter à l'arrêt de l'écriture, non pas pour dormir, mais pour écrire autre chose. 2.l'entrée de Zhao l'entrée du village n'est pas gormand. elle n'a pas de gateaux, ni de sentiers larges, ni de maisons alignées sur la pente. c'est juste une porte en bois de chêne qui se referme sur l'ombre, et dedans, le silence a pris le meilleur des deux mondes. les gens ne sortent pas, ils se contentent de les regarder, de les croiser en passant, de laisser le bruit du monde s'éloigner sur les branches des arbres. l'architecture est basse, celle des ancêtres qui ont le nez coincé dans la poussière pendant des siècles. les pierres sont becqued, les murs larges pour que l'air circule, pas pour que le soleil brume. c'est un village qui respire lentement, comme une personne qui a besoin d'être rassainie après une course. dans les fenêtres, on voit pas les étoiles, mais le ciel est plein de courants d'air qui bougent, des brumes blanches qui s'accumulent comme de la colle de colle blanche, et on dirait que les nuages sont en train de boire du café chaud. 3.la rencontre au bord du puits c'est là qu'ils se croisent. pas dans une rue, pas devant une statue, pas sur un tapis de soie. il est là au bord d'un puits à bords arrondis, l'eau stagnante et sombre, qui refoule contre les pierres comme une main qui ne veut pas lâcher. le poète est assis sur un banc d'encens qui brûlent lentement, les cendres qui s'accumulent sous les joues, formant des boules de cendre humide. il regarde l'ombre d'un homme qui vient de passer, un homme en kimono de soie soyeuse, dont le tissu retient l'eau comme un vaporeau. il n'y a pas d'importance ici, pas de titres, pas de dignité. ce qui compte, c'est la présence mutuelle. le poète se lève, pas vite, lentement, comme un vieux mouton qui a besoin de se détendre. il marche pas vers l'autre, il se contente de regarder les pieds qui coulent dans la boue, les mains qui tremblent un peu, le nez qui se serre. 4.le dialogue des objets le dialogue n'est qu'un échange d'objets. le poète offre un pot de vin, vieux et sale, le vin qui a goûté du temps, du regret, de la déception. le maître prend un verre, il n'y a pas de bruit, pas de bruit de verre sur table, juste un son de goutte sur goutte. il boit pas tant, il le sait ce qu'il a à faire. il dit : "le vin est bien, ça a fait la pluie et le beau temps, il a soufflé sur la fleur verte, ça a fait grandir." le poète sourit, pas un grand sourire, mais un sourire qui tire une larme. il dit : "le vin a fait grandir, ça a fait grandir. mais la fleur n'a pas grandi, elle est là, humble, comme une petite fleur de pissenlit." ils parlent pas d'avenir, pas d'avenir, mais seulement de maintenant. de ce moment précis où le temps s'arrête, où la pluie ne tombe pas, où le vent s'arrête de souffler. il y a des objets dans la cour qui font de l'histoire. un lacet de pantalon qui a été tordu et repasser, une vieille plaque de cuisine qui brule, un pot de porcelaine qui est cassé, un trousseau de clés qui lâche la serrure, un papier de carte postale qui s'humecte et devient collé à la pierre. 5.la nature qui ne veut pas rester le poète se lève, pas pour partir, pas pour continuer son cours, mais pour voir ce qui se passe à l'autre bout du mur. il entre dans le jardin, pas dans un parc, pas dans un zoo, mais dans un jardin privé, un jardin qui ressemble à une petite maison de bois qui s'effondre. les fleurs sont là, pas de roses, pas de tulipes, pas de camélias, juste des fleurs sauvages, des fleurs qui ont vu le feu, des fleurs qui ont vu l'homme qui avait peur, des fleurs qui ont vu l'homme qui avait honte. elles ne sont pas belles, pas comme les fleurs de l'école de botanique qui ont fait des potes de plastique, pas comme les fleurs de l'exposition qui ont des noms en espéranto. elles sont simples, avec des pétales qui sont une feuille pliée, une feuille qui a été coupée en deux, une feuille qui a été vendue à la marché. le maître marche avec lui, pas dans les chemins, pas dans les sentiers, mais dans le vide de l'ombre. il parle de l'eau, de la pluie, de la terre. il dit : "la terre est dure, elle est fixe, elle ne veut pas bouger. l'eau est liquide, elle est changeante, elle veut tout faire passer, tout faire changer." ils ne l'entendent pas tout, ils ne l'entendent pas, ils n'entendent pas leur propre voix, mais ils l'entendent comme un bruit qui passe dans l'air, comme un son qui résonne dans la pierre. c'est un bruit qui dit que tout est possible, tout est cambriolé, tout est éclaté de mille manières. 6.le retour et le souvenir le poète se ferme devant la porte, il ne sort pas vers la rue, il ne sort pas vers le monde, il sort juste vers son esprit. il garde cette image, cette image de l'homme en kimono qui a bu le vin, l'homme qui a dit que la fleur n'a pas fait grand, mais que tout a fait grand. il se l'insère dans la tête, il la place contre la clavicule. il y a un son dans la tête, un son qui dit que les choses ne sont pas uniques, qu'elles sont toutes les mêmes, toutes les mêmes, et qu'elles sont toutes les différentes. il se sent un peu lourd, pas comme un poids, mais comme une charge de vie. il comprend que ce qui compte, ce n'est pas de griser la peau, pas de mourir, pas de s'effondrer, mais de savoir ce qu'il a touché, ce qu'il a vu, ce qu'il a senti dans cet instant. le poète se lève, il ne marche pas vers la maison, il marche vers la mer, vers l'océan endormi, vers le brouillard qui se forme sur le toit du bateau. il sait que s'il arrive, s'il touche l'homme qui est là, il ne va pas le voir, il va le comprendre. et ce que le poète comprend, c'est que ce qui compte, ce n'est pas le départ, ce n'est pas l'arrivée, ce n'est pas le souvenir, ce n'est pas l'histoire, ce n'est pas les mots dans le livre, ce n'est pas le écho dans la pierre. ce n'est pas le fait que les fleurs ont grandi ou non, ce n'est pas le fait que les objets ont été cassés ou pas cassés. c'est le fait que les gens existent, que les gens sont là, que le temps est là, et que même si le temps s'arrête, même si le silence s'assoit, même si l'homme qui a peur s'arrête de souffler, l'homme qui a dit que tout est cambriolé va toujours s'éteindre, et demain, il va s'éteindre à nouveau, et le monde ne changera pas, juste qu'il aura un peu de plus de vie, un peu plus de noir et de blanc. le poète se retourne et la porte se referme, pas une fois, pas deux, pas trois, mais une fois pour toujours. et le poète se sent léger, pas serein, pas tranquille, mais tout à fait libre, libre de ce qu'il a vu, libre de ce qu'il a entendu, libre de ce qu'il a compris. ce n'est pas la fin, c'est le commencement, c'est le début, c'est le milieu, c'est le bout, c'est tout, et le poète se lève, il ne marche pas vers la maison, il marche dans la nuit, il marche dans l'ombre, il marche dans l'infini, et il sait que s'il arrive, il sera là, et que s'il ne arrive pas, il sera pas là, mais que ces deux choses sont toutes les choses, et que c'est tout ce qu'il y a à dire. le poète s'assoit sur le banc d'encens, les cendres qui s'accumulent sous les joues, et il dit : "le vin a fait grandir, ça a fait grandir. mais la fleur n'a pas grandi, elle est là, humble, comme une petite fleur de pissenlit." et il se l'insère dans la tête, il la place contre la clavicule, il se sent un peu lourd, pas comme un poids, mais comme une charge de vie, et il comprend que ce qui compte, ce n'est pas de griser la peau, pas de mourir, pas de s'effondrer, mais de savoir ce qu'il a touché, ce qu'il a vu, ce qu'il a senti dans cet instant, et que c'est tout ce qu'il y a à dire, et que le monde ne changera pas, juste qu'il aura un peu de plus de vie, un peu plus de noir et de blanc.
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